Reflexions sociales et politiques du moment
« Inflexibles avec les oppresseurs, compatissant avec les opprimés » Robespierre
La capacité de gouvernance d'un pays suppose que ses dirigeants puissent agir au moins sur la fiscalité, le budget de l'État et les taux d'intérêt. De telle façon qu'ils orientent ainsi le profil de la monnaie, la balance commerciale et le stock de la dette.
L'Europe, en choisissant une monnaie commune, a cru qu'elle pouvait se contenter d'agir de concert sur les taux d'intérêt et faire des recommandations sans contrainte effective sur les déficits budgétaires.
Alors que le ver était dans le fruit, une très violente crise est passée par là. Même les pays que l'on croyait suffisamment vertueux ont plongé dans la débâcle. Il est pourtant certain qu'aucun mécanisme salutaire n'avait mis un frein à la débauche de distribution de crédits que nous avions connu auparavant. La bulle immobilière était déjà installée qui voit sa source, entre autres, dans la distribution de crédit qui nourrit l'inflation des actifs immobiliers. La Banque Centrale Européenne (BCE) avait constaté que le rythme de la croissance monétaire était x1 fois plus rapide que celui qu'elle avait prévu. Pas grand chose ne fut fait pour la contraindre.
Si les États-Unis ont leur part de responsabilité dans la crise que je ne veux pas sous estimer, nous n'avons pas été vraiment en reste. Le problème des « subprimes » (crédit immobilier absurde à certains ménages) a son pendant sur notre continent : certains montages 2 de « Leverage Buy Out » . Quand on sait que le remboursement de la dette suppose une énorme saignée permanente de l'entreprise avec l'espoir qu'une introduction en Bourse ou une cession miraculeuse permettra de rembourser l'intégralité de la dette. Entre temps les vendeurs des « subprimes » d'une part et les fonds et les banques d'autre part se sont fait des « couilles en or ». Des ménages américains ont été abusé quand des quasi abus de biens sociaux sont exercés sur nos entreprises. Pas sur toutes, heureusement un certain nombre de dirigeants refusent des montages aussi pervers. Ceux ci ne considèrent pas leur entreprise comme leur chose, c'est un bien commun. La morale rhénane le sait bien.
Et nos banquiers de présenter un nouveau chantage. Ils ne pourront plus financer l'économie si le rapport engagement sur fonds propres qui, atteignant encore un multiple de 40 , revient à 12 suivant un bon vieux ratio de solvabilité. Il est vrai qu'à 40, le résultat sur fonds propres est parfois si faramineux qu'ils croient pouvoir se permettre de se verser des bonus énormes. Certains disent que si les banques britanniques avaient réduit de 20% leurs dividendes entre 2000 et 2008, elles auraient pu traverser la crise sans recours aux aides de l'État. Quelle masse de fonds propres elles disposeraient aujourd'hui si les bonus avaient été plus décents.
Alors faut-il clouer au pilori, les États en difficulté : Grèce, Portugal... qui ont contribué pour une part à la croissance vigoureuse des parts de marché de l'industrie allemande en Europe. L'entreprise en général, l'économie allemande en particulier, l'économie chinoise aussi ne savent pas fonctionner en vase clos. Elles ne peuvent pas se désintéresser du sort de leurs clients qui s'ils s'effondrent les entraineront aussi en même temps.
Une économie saine suppose que chacun profite de l'amélioration du sort de tous à court comme à long terme . D'autant plus que l'Europe ne s'était pas pourvue d'une saine gouvernance, loin de là.
L'émergence du noyau dur de l'Europe pourvue d'une saine gouvernance est encore loin. L'arrogance de certains financiers qui ont largement contribué à faire de l'économie mondiale un gigantesque casino, n'est pas morte. Il y a encore ce ver dans les têtes qui veut nous faire croire que la saine nature (= « laissez faire ») a toujours raison. Dans leur esprit, elle a sans doute raison puisque c'est au prix des opprimés.
Circonscrire les oppresseurs est toujours aussi urgent.
1En moyenne x=3
2Une grande part d'entre eux
.