La question est : comment trouver des taux de rendement de 15% avec une production mondiale qui croit, en gros, moitié moins vite, et une productivité qui ne
peut, de loin, combler l’écart ? La réponse est : en valorisant non plus la production, mais l’idée que les financiers se font de l’idée que se font d’autres financiers de l’idée, etc.
que se font ceux qui financent la production (…).
Les liquidités ne sont plus investies en direct dans la production, qui, en moyenne, offre des rendements décrétés trop médiocres, mais sont dérivés vers la finance,
c’est à dire vers le jeu de anticipations, les « futures ».
Et ainsi, peu à peu gonflé de lui-même, le système entre en sustentation et s’autojustifie, dans une sorte de cavalerie des anticipations démultipliées, intriquées
et proliférantes – qu’on baptise du beau nom de sophistication financière -, où l’on ne valorise plus du rendement productif, mais du pari compliqué : les dérivés dérivent.
Les autorités ont-elles le moyen de poser un barrage, et où le placer ?
Source : Guy Abeille in « Courrier des lecteurs » du Monde du 03/02/2008