Reflexions sociales et politiques du moment
Beau texte de Luc Cédelle (rédacteur) in Le Monde du jeudi 1ier septembre 2022
L'idée d'une hiérarchie fondée sur le mérite est un des fondements de l'école républicaine. Mais une compétition équitable exigerait que tous les enfants bénéficient des mêmes conditions culturelles et socio-économiques pour jouir d'une véritable égalité des chances.
Voici quelques lignes emblématiques du texte en question.
Selon Le Robert, la « méritocratie » désigne « la hiérarchie sociale fondée sur le mérite ».
A résultat égal, un enfant sera immensément méritant et un autre n'aura eu qu'à s'acquitter d'une formalité.
Une compétition équitable exigerait en effet que tous soient placés dans les mêmes conditions culturelles et socio-économiques.
L'égalité des chances a le statut ambivalent d'un principe de fonctionnement proclamé et d'un idéal toujours à atteindre.
Aujourd'hui les perdants sont rendus responsables de leurs échecs et des infériorités de statut social qui en découlent. Tel est le message que la société leur transmet.
Le tandem méritocratie-égalité des chances est contesté pour son occultation de la profondeur des inégalités de base : « La conviction méritocratique selon laquelle les individus méritent les récompenses que le marché alloue à leurs talents fait de la solidarité une projet presque impossible » écrit Michael J. Sandel, professeur de philosophie politique à Harvard.
En 1958, dans le livre The Rise of the Meritocracy, le sociologue britannique Michael Young (1915-2002) décrivait le cauchemar d'une Angleterre de 2033 où l'égalité totale des chances aurait été réalisée, les places dans la société étant strictement attribuées en fonction du quotient intellectuel de chacun...Résultat : une « multitude vociférante qui voit se fermer devant elle les portes du savoir se retourne contre un ordre social dont elle sent qu'il la condamne. » et déclenche une insurrection généralisée.